Les Héros Inconnus de l’aéroport de Donetsk

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Ils ont commencé leur chemin de guerre sur le champs de manoeuvre et d’entraînement au sein de la 95ième brigade des troupes d’élite d’assaut des Forces armées de l’Ukraine. Puis, ces soldats ont constitué une unité dénommée le 90ième bataillon aéroporté affecté ( avec un statut indépendant) au sein de la 81ième brigade, première brigade crée depuis l’indépendance de l’Ukraine. Ils ont assuré la défense de l’aéroport de Donetsk, relevant la 95ième brigade de parachutistes.Ils se trouvaient au début dans l’ancien terminal, puis, à la suite des combats du 29-30 Novembre, ils se sont retranchés dans le nouveau terminal. Là ils ont courageusement tenu jusqu’au 24 Janvier. Ils ont tenu tant que les murs tenaient… jusqu’à ce que les dalles de béton se soient effondrées. Maintenant ils sont positionnés dans l’avant – garde de l’armée ukrainienne à Pisky. Mais chose étrange, leurs noms sont restés inconnus pour le peuple du pays qu’ils protègent si désespérément.Beaucoup d’entre eux à plusieurs reprises ont été présentés pour des décorations, des élévations de grade, mais les documents disparaissaient… Pourtant, ni la paperasserie, ni l’indifférence et l’ingratitude des fonctionnaires supérieurs, n’ont pas pu troubler le moral de ces soldats. Le correspondant spécial militaire d’EMPR a réussi à communiquer avec quelques-uns de ces Héros.

 “Les gens ordinaires se sont levés contre l’acier”

“Cobra”:

Victor, indicatif d’appel “Cobra”, est né et grandi dans la région de Khmelnytskyi. Il parle un bon ukrainien classique. Il est âgé de seulement 25 ans, mais pour ses collègues, il est déjà une légende. A l’aéroport il était posté à l’ancien et au nouveau terminal. Il en est sorti dans les derniers . Maintenant, il est dans la région de Pisky, impliqué dans pratiquement toutes les missions de combat. “Cobra”raconte: ” Les séparatistes et les troupes russes avaient des armes lourdes et nos gars n’avaient que des kalachnikovs, des fusils de sniper, des armes anti-chars. Mais nous étions prêts à tenir jusqu’au bout, personne ne voulait se livrer. Les gens ordinaires sans aucune hésitations se levaient contre l’acier. On sortait en tête à tête contre les chars ».Malgré le fait que son courage est connu de tout le bataillon, “Cobra” reste étonnamment modeste. Il ne vise pas à devenir célèbre ou obtenir une belle récompense. “Je n’ai pas besoin ni de médaille, ni de récompense quelconque . Il vaut mieux les donner à mes camarades, en particulier à ceux qui ont été blessés ou ne sont pas revenus du champ de bataille. Et moi, je n’ai pas besoin de tout cela “.Il n’a aucun doute, aucun regret. “Bien sûr, je ne regrette pas d’être allé à la guerre. Derrière moi, il y a ma maison et ma terre et je ne veux pas que la guerre s’y installe, je ne veux pas que mes proches la connaissent”.

Кобраемпрретуш“Cobra”

“Fox”: 

Anatolyi, indicatif d’appel “Fox”, 38 ans.Il est de Vinnytsia… Russophone. “Je parlais toujours russe, ma mère est Russe. Les gars de notre bataillon m’apprennent l’ukrainien et je leurs suis très reconnaissant pour cela. Après avoir vécu sur cette terre pendant près de 40 ans, je l’ai enfin appris”. Dans un premier temps, Fox refusait catégoriquement de donner toute interview: “Quand nous étions à l’aéroport, chez nous est venu le canal ” Inter “. L’un des combattants a été assez stupide pour dire à la caméra où se trouvaient les points faibles de la défense de l’aéroport, où se localisaient les points d’approche non protégés. Le lendemain, les séparatistes se sont mis à tirer dans ces endroits”.Pourtant, j’ai réussis à le convaincre pour cette interview. “Fox” parle enfin et raconte beaucoup de choses sur lui-même et sur le bataillon… Il travaillait dans le bâtiment. “J’ai travaillé dans divers endroits, y compris la restauration de la Maison des syndicats à Kyiv où j’ai fait connaissance de “Cobra”. Nous avons décidé ensemble d’aller à la guerre. Nous sommes arrivés ici le 6 Novembre, mais l’ordre de nous envoyer dans la zone d’ATO nous a été transmis que le 21 Novembre. Quelqu’un en a bien profité pour faire de l’argent “.”Fox” a accumulé beaucoup de questions à poser au gouvernement, c’est pourquoi il est tombé enfin d’accord pour cette interview.”Quand il y a eu l’encerclement de Debaltseve, toutes les forces de l’ennemi y ont été lancées et nous pouvions facilement combattre à Donetsk l’ennemi. Mais l’ordre de ne pas attaquer a été donné… POURQUOI ? Personne ne le sait…”

“Il n’a pas abandonné ses soldats.”

“Crabe”:

Capitaine avec l’indicatif d’appel “Crabe”. Les gars ne se souviennent même plus de son nom, ils connaissent juste le prénom : Ivan Ivanovytch. C’est “Fox” qui me parle de “Crabe”… Les larmes surgissent sur ses yeux : « Il est resté à l’aéroport jusqu’au bout… jusqu’au bout il est resté avec nos blessés. Il avait la possibilité de sortir de l’aéroport pour survivre mais il a choisi de rester avec ses soldats “.Et il en fut ainsi…. L’ officier avec l’indicatif “Crabe” est resté avec ses soldats pour toujours… il a péri dans l’explosion d’un bâtiment sombre de l’aéroport de Donetsk. Les murs de l’aéroport sont devenus une tombe commune pour eux tous.

“Abdullah”:

Au cours des combats intenses qui avaient pour objectif la défense du château d’eau, cette défense tenaient seulement à 7 personnes. L’un d’eux était Maxim, indicatif d’appel “Abdullah”, 25 ans. Par son origine, Maxim est Ouzbek, mais a vécu toute sa vie en Ukraine, dans une petite ville près de Kyiv, où ses parents habitent encore. Avant la guerre, il a travaillé à l’usine. A la guerre il est parti volontairement pour défendre sa maison et sa terre: “Je suis né et j’ai vécu en Ukraine, donc je considère ce pays comme ma patrie.” A propos de l’aéroport il en parle à contrecoeur, mais heureux que lors de ces batailles il a pu rencontrer un compatriote avec lequel il a tissé une amitié. A propos de l’aéroport il a accepté de parler seulement en termes généraux. « Au début de mon séjour à l’aéroport… c’était relativement calme, puis les attaques deviennent de plus en plus fréquentes. Ils ont bombardé avec des mortiers, tiré avec des mitrailleuses, des fusils. Tout d’abord, les séparatistes ont tiré avec un seul char, puis ils en ont amené un deuxième et tiraient sur nous de deux côtés. Ils étaient ravitaillés régulièrement en obus. Au cours des combats intenses , on nous relevait toutes les deux heures. Deux heures au combat, ensuite pendant deux heures tu essayes de dormir. Mais un sommeil normal reposant, bien sûr était impossible. Donc, on somnolait , et c’est tout”.

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“Dans le  combat, je me  fais plus de soucis  pour mes camarades que pour moi”

“Adam”:

Le commandant du château d’eau était le caporal Maxim, appelé “Adam”. «Fox» m’en parle : « Il était un grand homme, un vrai Héros. Il avait une famille, une épouse, trois enfants, son entreprise, il gagnait bien sa vie et n’avait besoin de rien. Il pouvait vivre tranquillement , mais il a tout laissé et est venu volontairement dans l’armée ukrainienne. « Adam » a péri le 20 Mars 2015 près du village Opytnoe à proximité de l’aéroport de Donetsk. Ses soldats se souviennent : “Sur notre territoire est venu un commando d’infiltration russe de 18 personnes. Nous savons que ce sont des Russes, car après la bataille on a trouvé les corps de certains d’entre eux et ils avaient des chevrons de l’infanterie marine russe. Vous savez, le corps de l’un d’entre eux, nous l’avons échangé contre 27 corps de nos soldats. Cela prouve que ce sont des gens importants. En outre, ils faisaient très attention à ne pas quitter sur le champ de bataille ni leurs morts, ni… surtout, les blessés. Ils essayaient de les cacher puis les enlevaient la nuit. Ils avaient peur que nous les identifions, trouvions leurs papiers. Les cadavres des rebelles… personne ne s’en occupe, ils restent pourrir sur place”.Ce fut le dernier combat du commandant “Adam”. Il avait seulement 38 ans. Trois enfants vont rester sans leur père.

IMG 1047empr“Adam”

“Petit”:

Alexandre, appelé “Petit”, natif de la région de Jytomyr. C’est un jeune de 20 ans avec encore un visage d’enfant mais dans ses paroles et son comportement se manifeste déjà la sûreté d’un homme adulte. La réponse à la question «Pourquoi êtes-vous allé à la guerre?” est simple: «J’ai une petite soeur à la maison. Je suis allé à la guerre pour la protéger et je n’ai jamais regretté ma décision. Ma mère et mon beau-père m’ont soutenu, ils sont très fiers de moi. Bien sûr, j’avais peur dans le premier combat mais ensuite j’ai surmonté cette peur”. Alexandre a également servi sous le commandement d’Adam , il a été blessé dans la même bataille, dans laquelle son commandant a été tué. Après deux mois de traitement, il est retourné dans son équipe. “Dans le combat, je me fais plus de soucis pour mes camarades que pour moi. Dans ce combat à côté d’Opytne… mon ami Vladymyr était blessé avec moi. Je savais qu’il l’était, alors lorsqu’on m’a sorti du champ de bataille, tout le temps je posais des questions sur lui, je m’inquiétais pour lui plus que de moi-même. Quand on m’a emmené au poste médical et que je l’ai vu, je me suis immédiatement senti soulagé. On nous a fait des pansements et nous nous sommes parlés et avons rigolé. Vladymyr a eu une balle dans la clavicule, il reste toujours à l’hôpital, mais ça se passe bien pour lui “.Malgré tout, “Petit” ne garde aucune rancune contre la Russie : ” C’est comme chez nous en Ukraine, il y a des gens différents, des bons et des mauvais, là- bas c’est pareil. Ce que je veux faire après la guerre? J’apprenais le métier de mécanicien, je veux terminer ma formation, obtenir un bon emploi, me marier… “

“Soldat”:

Vyacheslav, appellé “Soldat”, 39 ans. Vyacheslav est de Kyiv, avant la guerre, il était gestionnaire dans une entreprise de logistique. Comme tous les soldats du 90ième bataillon il est allé à la guerre de sa propre volonté, laissant derrière lui sa femme et son fils de huit ans. “Je n’ai pas attendu la mobilisation, je suis allé de moi-même au commissariat. Pour moi, cette solution était évidente car le malheur a frappé à la maison. Ma femme a réagi avec compréhension “.”Soldat” a passé 16 jours à l’aéroport de Donetsk. ” Je suis un simple soldat, et peut-être de ma part ce n’est pas trés correct de critiquer le commandement mais je crois que beaucoup de victimes auraient pu être évitées. L’héroïsme du soldat se manifeste quand il y a des erreurs de commandement. Vous savez, quand nous étions en train d’ arriver à l’aéroport de Donetsk, notre transporteur de troupes blindés a calé sur la piste et pendant trois heures nous étions là, sous le feu dense de l’ennemi. Nous avons survécu grâce à « Mike », le commandant du bataillon de la 79ième brigade. Il a trouvé un équipage qui a accepté de nous emmener, il est arrivé vers nous sur un autre transporteur blindé, nous nous y sommes installés et sommes partis à l’aéroport. Voilà, comme ça nous étions sauvés… Toute à la fin de la bataille pour l’aéroport, nous avions beaucoup de blessés qui avaient besoin de soins médicaux urgents. Alors, Tolik Spartanets, notre caporal, est sorti chez les séparatistes avec un drapeau blanc et leur a demandé de fournir un couloir, afin que nous puissions faire sortir nos blessés. Les séparatistes l’ont capturé avec nos blessés. Beaucoup d’entre eux ont été ensuite échangés contre les leurs mais certains ont eu moins de chance… “

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Les traces russes dans la guerre ukrainienne:

La présence de troupes russes sur le territoire ukrainien depuis longtemps n’est plus un secret pour personne. Les combattants sur la ligne de front le savent mieux que quiconque. « Cobra » confie : “Une fois, notre groupe a blessé l’un des soldats de l’armée des séparatistes, sur sa tenue était le chevron du groupe de terroristes de Guivi. Mais, en réalité il était un Russe de Saint-Pétersbourg. Il a reçu un traitement médical, mais en vain… il était en train de mourir. Avant sa mort, il nous a dit qu’il était venu en Ukraine dans un groupe de 60 personnes pour se battre aux côtés de séparatistes. Il nous a donné le téléphone de sa mère, il a demandé de lui annoncé sa mort. Après son décès, nous avons appelé sa mère. Elle ne savait même pas qu’il était en Ukraine, elle était convaincue que son fils s’était rendu à Surgut (Sibérie occidentale) pour travailler.”Fox” se rejoint à notre conversation: “En Février, notre équipe a capturé un soldat de Novossibirsk. Pendant l’interrogatoire, il a dit qu’il était venu en Ukraine pour lutter contre les Américains, puisque à la télévision russe on disait qu’en Ukraine se battait une légion de l’OTAN. Puis ils s’est montré très surpris de ne voir personne ici, sauf des Ukrainiens “.

Le soleil est sur le déclin. Je quitte les “Cyborgs “, serrant entre mes mains un grand bouquet de fleurs champêtres qu’ils m’ont offert, avec un sentiment d’immense gratitude envers ces gars qui sans aucune hésitation ont quitté volontairement leurs maisons et leurs familles, ont pris ce terrible chemin de la guerre plein de dangers de tous côtés, afin que nous puissions vivre en paix…

 Lili des Cévennes, Halyna Guillot pour EMPR en français

Photos: Alexandre Mamatov

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