Le Talisman de la mère garde les soldats ukrainiens

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Une des zones de couchage de Kiev.
Près du métro, des magasins, des points de vente et des espaces commerciaux où l’on vend toutes sortes de choses, un de ces locaux n’est pas comme les autres. On n’y vend rien, on n’y voit pas d’acheteurs sortant avec leurs sacs. Bien au contraire, c’est là que les gens apportent leurs sacs. Des vêtements, des aliments, souvent de la nourriture “ fait maison ”, des tissus, de l’eau …. C’est là que siège l’organisation bénévole “ Le Talisman de la mère”.

Il est étonnant de voir combien de choses ce petit local dont la superficie atteint 10 mètres carrés à peine peut contenir. Le long de l’un de ses murs, il y a un grand cadre en bois avec un filet étendu sur celui-ci. Les bénévoles attachent des morceaux de tissu au filet, formant un motif bizarre. C’est de cette façon que l’on crée des filets de camouflage. Ceux-ci servent à cacher le matériel militaire, les tranchées-abris, les points de contrôle… des yeux de l’ennemi. Le long d’un autre mur on voit une pile de boîtes, des sacs et paquets contenant des filets de camouflage, des aliments, des vêtements, en bref tout ce que les gens ont apporté pour envoyer de ce quartier de Kiev, à l’Est, là où l’armée ukrainienne retient l’ennemi depuis une année. Aux murs sont accrochées des cartes postales, des photos et un grand drapeau ukrainien autographié par les soldats. Seulement plusieurs personnes, notamment celles qui cousent des filets, sont toujours là. La plupart des bénévoles (dont le nombre excède 300 personnes) travaillent à domicile: ils cousent des cagoules, des écussons, des oreillers, des bandanas, tricotent des chaussettes, font des gâteaux, des crêpes, des tartes, des salades, des escalopes et des boulettes. Pour les vacances du Nouvel An et de Noël  “ Le Talisman de la mère” a dressé une table de fête pour toute une brigade de militaires. Mais la véritable “spécialité de la maison” ce sont des soupes et borchtch en poudre. Chaque paquet contient l’équivalent d’une grande casserole de soupe naturelle et délicieuse avec des ingrédients préparés et séchés par les bénévoles eux-mêmes. Ainsi, il ne reste qu’ajouter de l’eau chaude pour en faire un plat nourrissant et appétissant.

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Tous ce processus est géré par Anna, une coordonnatrice du fonds de charité “Fais du bien”. Anna a commencé à coudre des filets depuis le début de la guerre: d’abord sur un terrain en plein air et puis,  quand le froid s’est installé avec l’arrivée de l’hiver, elle a trouvé ce local. «Trois équipes travaillent matin, après-midi et soir. Notre programme n’est pas réservé aux adultes, les enfants y participent aussi. Il y a ceux dont les pères sont au  front et également ceux qui n’ont personne de leurs familles sur la ligne de front. Et pourtant, ils nous aident car même si jeunes, ils sont déjà patriotes. Les enfants nous apportent leurs dessins et cartes postales, ils cousent des filets à l’école et donnent des concerts dans les hôpitaux pour des soldats blessés. Les professeurs viennent également nous demander d’organiser des cours dans leurs écoles”.

“Nous allons rester ici aussi longtemps qu’il le faut.”

Il fait déjà nuit, mais les bénévoles continuent d’arriver. Il y a ceux qui viennent coudre des filets, d’autres apportent de l’eau potable dans de grands réservoirs, car les soldats sur le front manquent d’eau potable. Un couple âgé apporte du pain frais, cuit au four et tout de suite une odeur exceptionnelle se répand dans la salle. Une autre femme apporte trois seaux en plastique de boulettes “ fait maison ”, moulées par toute sa famille: elle-même, sa fille et sa petite-fille. Aujourd’hui les bénévoles partent pour Pisky, où les combats se poursuivent depuis plusieurs mois. ” Nous collons notre étiquette identificatrice sur chaque colis et nous écrivons le numéro de téléphone de la personne qui a préparé ce colis», sourit Anna. “Plus tard les soldats nous téléphonent, nous submergeant de gratitude. Vous savez, nos soldats sont en quelque sorte nos enfants. Ils nous gardent et nous les gardons. Nous sommes là pour assurer que nos gars soient habillés, chaussés et nourris au mieux. Ils sont notre fierté. Et nous resterons là aussi longtemps qu’il le faudra.”

“Personne n’aurait pensé qu’un pays si immense puisse devenir fou.”

Larissa, l’une des bénévoles, y vient 2 ou 3 fois par semaine depuis ces derniers mois. Comme beaucoup d’autres bénévoles, elle a commencé ses activités civiques sur le Maїdan et les poursuit maintenant, en temps de guerre. “Au début, j’ai essayé d’aider avec de l’argent, mais je n’ai pas pu le faire aussi longtemps que je le souhaitais, donc j’ai commencé à chercher d’autres moyens pour aider notre armée. C’est ainsi que j’ai trouvé sur Internet les renseignements informant que les Ukrainiennes s’unissaient pour coudre des filets. À Kiev, il existe plusieurs locaux de ce type, pourtant, moi, j’ai choisi celui-ci. Ça me plait beaucoup ici parce que l’ambiance est bien particulière. Ici, tu comprends que tu fais quelque chose d’important. C’est bien mieux que de passer des heures devant l’ordinateur ou la télévision et de se prendre la tête. Vous savez, sur mon lieu de travail tout le monde est très préoccupé par la situation actuelle dans le pays, mes collègues regardent les actualités et puis discutent. Mais personne ne peut offrir d’aide efficace. Parfois certains d’eux peuvent apporter un peu de tissu pour des filets, mais c’est tout “. En parlant, Larissa ne cesse de coudre des filets. Le filet dont elle s’occupe pour le moment sert à camoufler des VTTs (véhicules de transport de troupes). Dans quelques jours ce filet qui mesure 15 mètres de longueur, 10 mètres de largeur et pèse 35 kg va partir pour le front. “Vous savez, j’aime beaucoup lire, j’aime la littérature fantastique et quand je lisais des livres sur le mal absolu, il me semblait que c’était une sorte d’exagération, que cela n’existait pas. Mais maintenant, je vois que Mordor existe aussi en réalité et qu’il porte le nom de “Russie”. Qui aurait pu deviner qu’un jour ce grand pays deviendrait fou?… ».

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Enfin on étend les derniers mètres du filet sur la carcasse. Une heure encore et il sera prêt. Les bénévoles vont alors l’emballer et le poser ici, dans le coin, jusqu’à son départ. Larissa se repose pendant quelques minutes, puis elle se remet au travail. «Tout de même, nous allons gagner. Les Russes nous ont sous-estimés, ils n’auraient jamais pensé que les Ukrainiens seraient en mesure de combattre. En général, personne ne prenait l’Ukraine au sérieux, ni la Russie, ni le monde occidental. Même nous, nous ne nous prenions pas au sérieux. L’été 2013, il nous semblait que Ianoukovitch resterait toujours là. À l’époque déjà notre pays était en très mauvais état, et c’est grâce au Maїdan que nous avons gagné la possibilité de tout refaire. Et s’il n’y avait pas la guerre, nous aurions déjà mis les choses en ordre chez nous. Mais pour le moment toutes nos forces sont concentrées sur la guerre. Mais nous finirons par gagner et construire le le meilleur pays du monde », dit-elle avec fierté.

 «Je ne comprends pas comment on peut vivre en Ukraine et ne pas aimer ce pays».

Pendant que Larissa coud des filets, une autre bénévole, Alla, coupe du tissu pour d’autres filets. Elle vient ici chaque jour. «Un de mes copains de classe s’est engagé pour la guerre dans l’Est. Au début, son unité militaire était fixée dans la région de Kherson où la population accueillait bien nos militaires, offrant un soutien moral et financier. Mais maintenant, l’attitude de la population du Donbass vers notre armée n’est pas toujours si bienveillante. Certains leur demandent ouvertement pourquoi ils sont venus. La vérité, c’est que nos soldats doivent savoir que la plupart des Ukrainiens les soutiennent et qu’ils sont de vrais défenseurs de notre Patrie.”

Assise sur un banc devant le filet, Alla sort d’un énorme sac des pièces de tissu et les coupe en lanières. Les bénévoles travaillent sans repos et le filet se recouvre rapidement d’un motif semblable au givre sur les fenêtres en hiver. «Je m’inquiète non seulement pour nos gars à la guerre, mais également pour ceux qui vivent en Ukraine sans aimer leur pays. Je ne comprends pas comment on peut vivre sur cette terre, dans ce pays, connaître les traditions ukrainiennes et ne pas aimer l’Ukraine. Ça, je ne comprends pas. Pour moi, l’Ukraine ce n’est ni le président, ni le gouvernement. Pour moi, l’Ukraine c’est ma maison, mon quartier, ces arbres que l’on voit sous notre fenêtre, la forêt où nous allons cueillir des champignons. C’est  justement cela qui vaut la peine d’être défendu».

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L’aiguille des minutes d’une petite horloge dans le coin de la salle s’avance vers 8 heures. D’autres bénévoles vont arriver bientôt, ceux qui sont directement impliqués dans les transports. Les filets, les produits et les vêtements sont déjà emballés. Demain matin, ils seront là où sur la terre déchirée par des obus et imprégnée d’odeur de brûlé, tiennent bon les soldats ukrainiens, défendant leur Patrie. Anna termine d’étiqueter les boîtes et sourit: “Tout ira bien, nous allons gagner.”

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EMPR en français, Lili des Cévennes

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