L’illusion de la trêve

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La deuxième session des négociations de Minsk avec la participation des chefs d’Etats de l’Ukraine, de l’Allemagne, de la France et de la Russie pour tenter de mettre fin à la guerre qui sévit en Ukraine s’est soldée par un accord de cessez-le-feu. En théorie, le cessez-le-feu est entré en vigueur 15 février 2015.

En fait, les opérations militaires dans le Donbas n’ont jamais cessé. D’après les sources officielles, en date du 2 avril 2015, 75 militaires ukrainiens ont péri et 400 autres ont été blessés depuis le début de cette trêve. Les volontaires et les militaires sur le terrain affirment que les pertes sont beaucoup plus importantes. La statistique officielle ne prend pas en compte les pertes parmi les bataillions de volontaires et fait souvent le silence sur des pertes des Forces Armées de l’Ukraine. Les militaires ukrainiens sur le front dénoncent les informations données sur la réalité de l’armistice. Et ils ne font pas confiance a l’Etat major de l’armée. Voilà le reportage de notre correspondant spécial sur ligne de front.

Avril 2015. Dans quelques jours l’Ukraine va célébrer Pâques, l’une des plus importantes fêtes chrétiennes. Les préparatifs ordinaires de veille de fête ont lieu : le nettoyage, la cuisine des plats de fête, les brioches et les œufs de Pâques, le chocolat, le Jeudi Saint. C’est la vie de l’Ukraine en paix. En même temps, l’ambiance devient plus tendue dans le Donbass près de la ligne de démarcation.

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“Il était le seul qui se soit jeté sous les balles pour son camarade”

Donbass, région de Donetsk, un petit village à sept kilomètres de Donetsk. C’est Ici que se trouve l’une des unités de la 93eme brigade mécanisée. Aujourd’hui, le temps est très variable: il grêle, puis le soleil brille. On peut décrire de la même façon l’humeur des soldats. Aujourd’hui, des bénévoles viennent de Kiev les voir avec des gâteaux de Pâques, des cadeaux, des produits et des cartes postales écrites par des enfants. C’est donc la fête. Mais malgré cela, ils ne peuvent oublier ce qui y est arrivé avant-hier. Malgré le «cessez-le-feu», ils ont perdu leur camarade dans des circonstances étranges. L’un des officiers de l’unité, Andreï, raconte: “Hier, a eu lieu un court combat avec des armes à feu et des grenades contre un groupe de séparatistes qui nous ont soudain attaqué par l’arrière. L’un de nos points de contrôle les a manqué, je ne sais pas pourquoi. Peut-être ils ont eu peur ou ils ne les ont pas vu, ce n’est pas important. Notre poste les a remarqués, nous l’avons signalé a l’état-major et nous avons reçu l’ordre de les neutraliser, et même de les capturer. La fusillade a commencé, un court combat. Il était clair qu’il s’agissait de professionnels comme il n’y en a pas parmi les séparatistes. Il n’y avait que deux soldats qui ont attaqué trois de nos postes de contrôle, ils ont tué 15 de nos soldats. Et puis ils sont repartis tranquillement. Ici, nous avons peu de soldats professionnels, on a surtout des volontaires sans aucune expérience du combat, qui veulent protéger l’Ukraine et sont prêts à donner leur vie pour elle. Et ils le font “.

SAM 5458новL’un de ces volontaires était Victor. Victor Gumenyuk, originaire d’une petite ville de la région de Kiev. Il a quitté sa maison pour aller défendre sa patrie, en laissant sa femme enceinte et son enfant en bas âge. Son deuxième enfant, une fille, est née quand Victor était déjà sur la ligne de front. Sergei, un collègue de Victor a été témoin de sa mort: “Victor était médecin vacataire. L’un de nous a été blessé. C’était notre premier blessé. Victor a rampé vers ce soldat pour lui donner les premiers secours. Les éclats d’une grenade ont blessé Vitya, il est mort. Il existe très peu de personnes comme lui, très peu. Il était le seul qui se soit jeté sous les balles pour sauver son camarade. Vous voyez, il était le seul”. Un soldat assis près de Sergei ne peut plus retenir ses larmes, sa douleur est particulièrement visible: il était avec Victor au moment de sa mort. La douleur de la perte se mélange en lui avec un sentiment de honte, «Pourquoi c’était Victor qui a rampé sous les balles pour son camarade, pas moi? Pourquoi je ne l’ai pas aidé? “.

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 Diviser pour régner

Dès le début du conflit armé dans l’Est de l’Ukraine se sont formés l’un après l’autre les bataillons de volontaires. «Aïdar» de Maїdan, «Azov», «Dnipro», «Donbass», «Secteur Droit», «OUN» (L’Organisation des nationalistes ukrainiens) … Il était plus difficile de combattre dans un bataillon des volontaires que dans les troupes régulières mais c’était aussi plus prestigieux. Les bataillons comprenaient aussi bien des débutants que des officiers expérimentés dont les décisions étaient souvent plus rationnelles que celles de l’état-major général. Ces bataillons indépendants du Ministère de la Défense n’étaient pas obligé d’exécuter certains ordres apparemment stupides et absurdes donnés par des généraux, ce qui a permis d’éviter des pertes inutiles. La plupart des volontaires défendaient leur terre natale gratuitement, ne percevant aucune solde ou rémunération; de plus, ni eux ni leurs familles ne pouvaient obtenir les prestations sociales et le statut de combattant était également difficile à obtenir. Cependant, ce sont ces patriotes-là qui étaient paradoxalement traités avec une grande méfiance. Indépendants, bien organisés et vrais patriotes Ukrainiens, ils faisaient peur à ceux qui se trouvaient au pouvoir. C’est pourquoi les bataillons de volontaires ont subi un véritable harcèlement pendant plusieurs mois: ils étaient accusés de maraude, d’assassinats des civils, d’ivrognerie et de brigandage…

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Finalement, fatigués de subir la pression et l’absence de statut défini, les bataillons se mirent à passer sous la juridiction du Ministère du Défense ou du Ministère de l’Intérieur. «Secteur droit» et «OUN» ont gardé leur indépendance plus longtemps que les autres. Malheureusement, le commandement suprême a eu recours à une démarche cynique à la veille de Pâques: les combattants des deux derniers bataillons indépendants qui gardaient leurs positions dans le village Pisky tout près de l’aéroport de Donetsk ont été encerclés par les troupes ukrainiennes régulières exigeant qu’ils passent sous la juridiction du Ministère du Défense ou quittent la zone du conflit. Comment des soldats ukrainiens pouvaient-ils consentir à encercler leur camarades militaires avec qui ils défendaient depuis si longtemps le pays? Quel bel argument ils ont donné à la propagande russe: « Les troupes régulières luttent contre les milices de volontaires». Heureusement, «Secteur droit» et «OUN» n’ont pas répondu à la provocation et ils ont accepté de faire des concessions au gouvernement. Juste après, les séparatistes stationnant dans la région de Pisky sont passés à l’offensive.

 Une pluie de feu à Pâques

Le bombardement massif des troupes ukrainiennes sur le front à commencé deux jours avant Pâques qu’on a célébrée cette année le 12 avril. Le matin du 10 avril le colonel Andriy Lysenko, porte-parole de l’opération antiterroriste, a annoncé que les combattants pro-russes utilisent des armes lourdes interdites par les accords de Minsk en direction du Donbass et de Mariupol: «Les combattants pro-russes ont bombardé les troupes ukrainiennes 15 fois avec des mortiers de 120 mm et 3 fois avec des canons de 122 mm. De plus, les formations militaires illégales ont fait tirer leurs chars à deux reprises. La plupart des cas de violation du cessez-le-feu ont été observés à Avdeevka, Opytne, Vodiane, Pisky et près de la mine Poutilovska ».

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Trois jours après Pâques, l’état-major général de l’Ukraine a annoncé que la Fédération de Russie avait déployé des troupes comportant 2 000 soldats et 50 véhicules blindés dans la zone boisée de la région Belgorod à 10 km de la frontière ukrainienne. Le Kremlin se disposerait-il à créer «La République Populaire de Kharkiv»?

La question reste ouverte : combien faudra-t-il -il de soldats et de civils ukrainiens morts pour que les politiciens ukrainiens et occidentaux finissent par appeler les choses par leur nom et admettent que les négociations avec l’état terroriste n’aboutissent pas à la paix mais à une guerre dévastatrice?

 Lili des Cévennes, Alina Savtchak pour EMPR en français

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