La bataille pour Donetsk. Comment tout a commencé

Le début du conflit dans le Donbass vu par une jeune femme née à Donetsk. La guerre l’a chassée avec sa petite fille de Donetsk, elles se sont installées à Kiev. Margarita nous raconte ce qui s’est passé dans sa ville natale une fois les pro-russes sont arrivés au pouvoir. 

Il est difficile de dire exactement quand la situation dans la région de Donetsk est devenue instable. À mon avis, la préparation des événements exposés ci-dessous a débuté à l’époque du Maїdan. L’équipe de l’ancien président Ianoukovitch ne reculait devant aucune bassesse pour arriver à ses fin, subissant la population du Donbass à tout sorte de désinformation, d’abord sur la sécurité de leurs enfants. C’est pour cette raison qu’on demandait aux parents d’aller chercher leurs enfants à l’école avant la fin des classes sous le prétexte que l’AutoMaїdan et le Secteur droit étaient déjà dans la ville et qu’il y avait une réelle menace terroriste.

Vers la même époque de faux reportages vidéo sur les groupements nazis en Ukraine, sur la justice pour mineurs qui permettrait aux minorités sexuelles d’adopter les enfants retirés de leurs familles, sur les dangers de l’extraction de gaz de schiste, sur les atrocités du Maїdan, ainsi que les messages que le paiement des prestations sociales et des pensions serait arrêté, ont apparu dans les réseaux sociaux “Classmates” et “Vkontakte”. En plus, l’idée de l’opposition du “Donbass qui travaille et nourrit toute l’Ukraine” et du “Maїdan qui saute” acquérait de la popularité. En outre, l’appel à rejoindre l’Union Douanière au lieu de signer l’accord avec l’Union Européen était activement promu dans les réseaux sociaux. La guerre de l’information déjà battait son plein; pourtant ces reportages se fondaient plutôt sur les émotions que sur les faits et quand même, massivement distribués, ils trouvaient leur public cible.

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Après la victoire du Maїdan et la fuite de l’ancien président Ianoukovitch il y a eu une semaine calme, puis les affiches appelant à des manifestations sur les places centrales de la ville (car le Maїdan ce n’est pas toute l’Ukraine) ont fait leur apparition.

Depuis le mois de mars 2014 les réunions portant des drapeaux de la Russie ont été signalées à Donetsk. C’est dès ce moment qu’on pouvait entendre pour la première fois des appels à la fédéralisation de l’Ukraine; pourtant, ceux qui la demandaient le plus ardemment ne comprenaient même pas le sens propre du mot “fédéralisation”. Aucun des arguments sur la volonté du Gouvernement de conférer aux manifestants le pouvoir qu’ils exigeaient, sur la nécessité de décentraliser et non de fédéraliser le pays pour rendre plus de pouvoir à l’échelon régional et local, sur l’inopportunité de donner au russe le statut de deuxième langue officielle n’a réussi. Leurs actions étaient dictées par les émotions plutôt que par la logique.

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La situation s’est aggravée de plus quand on a commencé à prélever d’argent pour “restaurer la place de Maїdan” des salaires des mineurs. Tout le monde s’indignait de ces prélèvements illégaux, mais personne ne prenait en considération que presque toutes les mines du Donbass étaient contrôlées par la «Famille» et pourquoi s’engageraient-ils, donc, dans la restauration de la place de Maїdan.

C’est pendant cette période qu’ont apparu les premières fausses nouvelles sur l’interdiction de la langue russe et l’introduction de la responsabilité pénale pour son usage, accomopagnées d’une promotion active du “printemps russe” et du “monde russe” dans les réseaux sociaux.

Il est à noter que cependant les événements dans le Donbass ont échappé à l’attention des autorités et du public pour l’unique raison qu’à ce moment-là tout le monde était plus préoccupé par les événements se déroulant dans la Crimée.
Les partisans (à l’époque) de l’idée de la “fédéralisation” ont trouvé leurs leaders, mais il était clair que ces chefs n’étaient que des fantoches. Faut-il rappeler ici l’ancien Père Noël Gubarev pour comprendre le statu quo.

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Cependant, au mois de mars, monte une autre vague de mouvements sociaux à Donetsk, formée des personnes qui soutiennent l’unité de l’Ukraine. Il est à noter que c’étaient principalement des intellectuels – comptables, juristes, notaires, avocats, auditeurs, hommes d’affaires – ceux qui comprenaient bien les conséquences de la séparation de l’Ukraine. Des réunions pour l’Ukraine unie sont tenues, rassemblant pas moins et parfois même plus de personnes que ceux pour la “fédéralisation” et l’adhésion à la Russie. Bien que les partisans de l’Ukraine unie, prêts à aller à la manifestation, fussent plus nombreux, beaucoup d’entre eux étaient découragés par un comportement agressif des partisans du “monde russe” qui pouvaient attaquer à tout moment. C’est au cours d’une de ces provocations le 13 mars 2014 que l’activiste Dmitriy Cherniavsky a été tué.

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Avant le début du mois d’avril, les rassemblements séparatistes ont commencé à se disperser peu à peu. Leurs représentants occupaient périodiquement certains bâtiments administratifs, y accrochant les drapeaux de la Russie, mais le jour même on les libérait. Le 5 avril 2014, lors d’une réunion des “partisans de la fédéralisation” il n’y avaient que quelques dizaines de personnes sur la place Lénine. C’était la veille de l’occupation de l’Administration d’État de la région de Donetsk le 6 Avril; mais entre-temps les séparatistes locaux n’avaient aucune idée que l’occupation aurait lieu ce jour-là et se plaignaient ensuite d’avoir manqué toute l’excitation. Le jour même le bâtiment d’SBU à Lougansk et l’Administration d’État de la région de Kharkov ont été occupés, ce qui prouve davantage une coordination de l’extérieur. Après l’occupation de l’Administration d’Etat de la region de Donetsk les réseaux sociaux foisonnaient d’appels à soutenir les occupants, à leur apporter des aliments, des médicaments et des fournitures essentielles ainsi qu’à les rejoindre pour assurer leur sécurité face à l’attaque possible des forces spéciales. Et il y avaient des femmes accompagnées de leurs enfants, qui venaient volontairement pour être prises en otage. Leur seul motif était le suivant: si elles ne protégeaient pas le Donbass contre le fascisme à ce moment-là, il serait trop tard ensuite. En même temps, ces femmes ne pouvaient pas donner de réponses claires à la question où elles avaient vu du fascisme, y compris sur le drapeau de l’Ukraine.

À l’époque, les autorités ne prennent pas de mesures décisives pour rétablir l’ordre dans la région, les officiers de police sont dépouillés de leurs armes en vue de la présence de nombreux civils, femmes et enfants, près de l’Administration occupée. En même temps il y a avait l’impréssion que les oligarques locaux soutenaient toutes ces perturbations.

D’abord les occupants de l’Administration d’État de la région de Donetsk réclamaient un rassemblement des députés régionaux, apparemment dans l’espoir de répéter le scénario de la Crimée, mais quand ce plan n’a pas réussi, ils ont annoncé le soi-disant «mandat populaire» et auto-proclamé la création de la “DNR” (République populaire de Donetsk), ce qui a été suivi d’un référendum, prévu pour le 11 mai. C’était le cynisme de tout cela qui frappait le plus, car ayant déclaré les autorités de Kiev illégitimes, ils prétendaient au pouvoir en raison du fait que quelqu’un les avait élus dans la rue.

Au mois d’avril, outre des réunions de la “DNR”, avaient lieu des rassemblements pour l’Ukraine unie. Les partisans de la “DNR” y réagissaient de manière agressive. Bien que la manifestation du 17 avril 2014 à Donetsk se soit déroulée dans le calme en raison du fait que la sécurité était maintenue par la Garde nationale, le jour même Vladimir Rybak a été enlevé à Gorlovka (ce député local aurait été trouvé assassiné à Slovyansk plus tard). Le 28 avril 2014, pendant que les manifestants pacifiques étaient attaqués par les partisans de la “DNR” avec des bâtons, la police locale n’intervenait pas. Il est à noter que les personnes violentes qui avaient mené cette attaque ne connaissaient pas la ville, ne courant après les partisans de l’Ukraine unie qu’à travers les rues principales. Leurs partisans affirmeraient plus tard qu’ils avaient dispersé une manifestation fasciste à laquelle participaient les partisans du Secteur droit non indigènes arborant des tatouages en forme de croix gammées. Pourtant ils esquivaient la question où l’on avait pu voir des tatouages pareils au mois d’avril lorsque tout le monde portrait des vêtements fermés à manches longues, affirmant sans relâche qu’il s’agissait des nazis tatoués de croix gammées. Cette attaque sanglante à Donetsk a mis fin aux rassemblements pour l’Ukraine unie comme des incidents pareils constituaient un danger réel pour la vie des participants, en raison du fait que les partisans de la “DNR” avaient commencé à distribuer des armes à tous les intéressés sans s’encombrer de la vérification de l’absence d’un casier judiciaire, ni de l’état mental de ceux qui recevaient ces armes.

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Le 11 mai, le soi-disant référendum de la DNR a eu lieu, les partisans postant sur les réseaux sociaux des photos avec de longues queues comme la preuve que la majorité des résidents du Donbass voulaient se séparer de l’Ukraine. Pourtant ils n’étaient gênés ni par le fait qu’il y avaient moins de bureaux de scrutin ouverts que d’habitude et que le nombre des membres des Commissions électorales était insuffisant ce qui formait des queues, ni par le fait que leurs bulletins de vote avaient été imprimés sur une imprimante standard et les résultats annoncés correspondaient exactement à ceux de la conversation qui avait été interceptée et divulguée par l’SBU quelques jours auparavant et contenait des instructions de Moscou. Il est à noter que la plupart d’entre eux ne comprenaient même pas pour quoi ils avaient voté: certains ont voté “pour la fédéralisation”, certains – “pour la séparation de l’Ukraine”, certains – “pour l’adhésion à la Russie”. Selon eux, leur participation au référendum avait pour but de manifester leur protestation.

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C’est dès ce moment-là qu’une sorte de double pouvoir s’établit à Donetsk: d’une part, “les autorités de la DNR” font ce qu’elles veulent, les militants occupant périodiquement des bâtiments administratifs sans que personne les en empêche, et d’autre part, les autorités exécutives continuent à travailler comme si de rien n’était, y compris les autorités judiciaires, fiscales, le fonds de pension, etc. En outre, les partisans de la “DNR” font enregistrer leurs organismes de bienfaisance visant à recueillir les fonds pour soutenir la DNR conformément à la législation ukrainienne.Pendant les élections présidentielles aucun bureau de scrutin ne s’est ouvert à Donetsk en raison d’un réel danger pour la vie des membres des Commissions électorales et des électeurs. Quand même, le lendemain, l’espoir est né que la primauté du droit se rétablirait, même si cela exigeait l’usage de la force – l’aviation ukrainienne et les forces spéciales ont mené un combat acharné contre les occupants de l’aéroport de Donetsk. Les opérations de nettoyage ont été effectuées partout dans la ville, les partisans du séparatisme étaient pris de panique, les réseaux sociaux foisonnaient de messages sur les “punisseurs”, mais ensuite ces opérations se sont terminées brusquement.

Dès lors et jusqu’au 5 juillet, quand Slovyansk a été libéré, les résidents de Donetsk attendaient d’un jour à l’autre la libération de Donetsk. À ce moment-là les hommes armés occupaient des installations militaires et d’autres établissements publics aussi bien que militaires. Le 5 juillet, ayant quitté Slovyansk, les combattants ont occupé Donetsk et Lougansk. À partir de ce moment l’évacuation des autorités officielles de Donetsk a commencé. Le nombre de personnes armées dont l’état mental était instable a considérablement augmenté dans la ville.

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Les militants se cachant dans des zones résidentielles ont commencé à bombarder les positions de l’armée ukrainienne, ce qui a provoqué des représailles militaires. Les partisans des militants continuaient à aggraver la situation, s’indignant des «punisseurs», comme s’ils ne comprenaient pas le fait que lorsque le point de tir est situé dans un quartier résidentiel, il sera en tout cas une cible, et que toute la responsabilité donc incombe aux combattants eux-mêmes, qui ont choisi leurs points de tir dans des quartiers résidentiels.

Les gens ont commencé à quitter massivement la ville.

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Avant les élections parlementaires et quelque temps après, on nourrissait encore l’espoir de libérer Donetsk, mais comme c’est toujours le pouvoir qui ralentit le processus, l’espoir s’est évaporé. Les patriotes qui ont décidé de rester à Donetsk tentent de s’adapter en quelque sorte pour survivre, certains gardant leurs parents âgés qui sont immobiles, certains souffrant d’un manqué absolu de souci de la part de l’État. Les patriotes qui subsistent encore sont abandonnés à leur sort.

 EMPR en français, les propos recueillis par Lili des Cévennes. 

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